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Zombie Cinéma (en famille)

Message Publié : 19 Avr 2010, 00:07
par Olven (Oliver)
Bonjour à tous,
Après vous avoir lu quelques fois et ayant plusieurs discussions intéressantes avec Christoph et Lionel (à Orc'idée pour les plus récentes), j'ai décidé de venir partager ici quelques réflexions et expériences, qui actuellement nourrissent ma démarche d'auteur-éditeur sur la gamme Nightprowler et autres projets en gestation chez 2D sans Faces.

A force d'incitations de la part de Christoph de tester concrètement Zombie Cinéma et d'autres productions "indie" (j'utilise le terme par défaut sans connotations particulières), je me suis amusé à me faire une version 100% cartes de Zombie Cinéma et de tester ça avec mes deux filles 14 et 17 ans habituées au jeu de rôle classique depuis leur plus tendre enfance (campagne méd-fan familiale classique sur 5 ans entre autres).

Nous avons décider de situer l'action à notre époque dans la grande banlieue londonienne
Nous avons créé les trois personnages suivants :
- Alice Leroy, 28 ans, infirmière dans une permanence de banlieue et son berger allemand replet Valium [jouée par ma fille aînée Diane]
- Eli(sabeth) Colleway, lycéenne de 18 ans, jeune fille de bonne famille au passé trouble [jouée par ma cadette Eva]
- Charles Dexter, 35 ans, divorcé, agent de sécurité dans un centre commercial, ex-flic borderline.
1.
L'histoire débute un jour de finale de la coupe d'Angleterre dans le centre commercial où Charles est officier de sécurité et où les deux jeunes femmes, habitant dans le coin, font leur shopping. Les écrans de télévisions dans les coffee shops et pubs de l'endroit diffusent bien évidemment la finale et un écran géant a été installé dans une des cours du centre.
Un flash spécial annonce peu de temps avant le début du match des violents mouvements de foule qui semblent opposer les supporters des deux équipes (Tottenham et Manchester). On parle de nombreux blessés et des violences inhabituelles dans ce genre d'événements comme des morsures. On annonce aussi un début d'émeute dans le quartier d'Elephant & Castle (quartier populaire et multiracial de Londres) lié à des affrontements racistes.
Les personnages se croisent chez un marchand de spiritueux, alors que tout le monde fait ses derniers achats avant le début de la finale et échangent quelques mots sur les événements désolants mettant sur le compte de l'hooliganisme les comportements étranges.

2.
Deux ou trois jours se passent et les médias se mettent à parler de comportements étranges, de retour de la rage, et les autorités recommandent la vaccination tout en cherchant à dédramatiser les rumeurs plus sordides véhiculées par les tabloïdes. Les deux jeunes femmes se retrouvent dans le même coffee shop où Eli fête son anniversaire avec quelques amis. Entre alors un jeune homme connu d'Eli, Jason qui semble être dans un état bizarre rapidement attribué à la drogue par les jeunes gens qui le connaissent. Des clients appellent la sécurité et Charles débarque accompagné de son acolyte Milton, un jeune jamaïcain athlétique. Pendant qu'Eli prend la défense de Jason face à ses amis qui veulent lui voir les talons le traitant de sale junkie, le chien (Valium) d'Alice se met à aboyer Jason qui bouscule les clients en essayant d'aller vers ses anciens amis. La sécurité le maîtrise pensant à une crise de manque et Alice offre ses services pour aider le jeune homme. Eli après s'être prise de bec avec son petit-ami méprisant envers Jason, laisse entendre que celui-ci l'a aidée lors d'une période sombre de son existence et qu'elle doit l'aider à son tour. Elle s'impose et accompagne les agents de sécurité (Charles et Milton) qui emmènent Jason à la permanence où travaille Alice. Un conflit entre Alice et Eli se résout à l'amiable quant à l'attitude agressive du chien face à Jason (en voie de zombification).
N.B. La menace des zombies est volontairement atténuée par les joueurs ne voulant pas croire à la menace. Il est décidé d'un commun accord que la zombification prend un peu de temps, en gros un jour minimum et que la transformation est progressive (d'où un Jason "junkie" par vraiment méchant). Je suis obligé de recadrer un peu les intentions pour éviter une dissémination des personnages dans la nature et rendre la menace plus tangible. Pas de conflit déclaré.

3.
L'arrivée à la permanence médicale permet à Alice de faire des analyses sur les étranges blessures de Jason qui devient de plus en plus aggressif et doit être enfermé dans une pièce après avoir réussi à blesser Milton et Valium (le chien). Un flash spécial annonce des émeutes liées à des comportements étranges (on parle toujours de rage) un peu partout dans Londres et aussi à Manchester. Les autorités semblent dépassées et on annonce un couvre-feu dans la ville à partir de 22h et le déploiement de l'armée. La permanence se vide, restent les personnages ainsi qu'un médecin, un nettoyeur sikh, Gwendolyne réceptionniste à forte poitrine artificielle ennemie jurée d'Alice - une histoire de filles ;-)
La tension monte, un patient zombifié s'échappe de sa chambre à l'étage en sautant par la fenêtre poussant à barricader l'endroit. Alice analyse un bout de peau de Jason arraché par son chien et conclu à une gangrène accélérée de la chair.
Charles de plus en plus nerveux par la présence de Jason dans une salle de consultation et par le comportement de plus en plus étrange du chien, sort un pistolet automatique de sa botte et propose d'éliminer l'animal par la méthode radicale. Horrifiées, les deux jeunes femmes s'opposent aux méthodes barbares de Charles. Ce dernier minorisé, sombre un peu plus dans la paranoïa (et recule en direction de la menace zombie...)

4.
La nuit tombe et des bruits inquiétants se multiplient, des incendies se déclarent un peu partout, la télé sombre dans la confusion, les forces de l'ordre ne savent plus où donner de la tête. La permanence se transforme de plus en plus en camp retranché, Alice échappe de justesse à une attaque dans le laboratoire d'analyse à l'étage, et doit bien admettre que la situation devient incontrôlable. L'accès à l'étage est barricadé en urgence. Profitant de la menace de l'étage, Jason, zombie achevé, défonce la porte de la salle où il était enfermé et se rue sur les personnages pour faire un carnage. Charles vide l'entier de son chargeur dans la tête du zombie sauvant ainsi ses compagnons de la menace de Jason, mais est légèrement blessé au passage. Charles a franchi la limite, il veut faire exploser l'étage. Il arrive à convaincre tout le monde de l'aider à fabriquer des cocktails molotov avec les produits médicaux. Eli face à l'horreur de la situation et l'élimination brutale de Jason vide son sac annonçant qu'elle est responsable du malheur qui les frappe pour avoir trempé dans la magie noire et les cercles satanistes. S'en suit un série de suppositions sur les meilleures méthodes d'élimination où tout le folklore passe : pieu dans le cœur et Charles commence à tailler sa matraque n'ayant plus de munitions sur lui, balles en argent, ail etc. Eli pense qu'un sacrifice (le sien particulièrement) pourrait sauver la situation. Les autres la regarde avec condescendance et ignorent sa demande . Charles impose sa paranoïa et contre les propositions d'Alice et cette fois-ci soutenu par Eli tente de passer à la vitesse supérieure: le chien est enfin éliminé. Malheureusement la situation leurs échappe (égalité lors de la résolution d'un nouveau conflit) et la menace zombie se rapproche. Alice se retrouve en péril.

5.
La permanence est assiégée la tension monte et le désespoir grandit. Charles se souvient d'une réserve de balles dans la boîte à gant de sa voiture parqué dans la rue. Ayant eu gain de cause sur le projet de mettre le feu à l'étage, il leurs faut de l'essence et ils décident de tenter une sortie pour siphonner le réservoir, récupérer les balles et un batte de baseball pour tenir jusqu'au matin et l'éventuelle arrivée de secours... l'action commando appuyée par les cocktails molotov permet de réaliser les objectifs et dans une action d'éclat, Eli sauve la vie d'Alice (sacrifice) en s'interposant face à Milton ayant réussi à se libérer et meurt déchiquetée.
Les rescapés finissent par convaincre les quelques autres réfugiés (le nettoyeur sikh, la réceptionniste derniers survivant) de brûler le bâtiment et s'enfermer dans la cave en espérant survivre. Malheureusement la situation dégénère et Alice et Charles se retrouvent seuls, s'enferment dans la cave et face à l'inéluctable (ils ne peuvent pratiquement plus se sauver) se suicident avec les deux dernières balles...

En résumé, le début a été un peu laborieux (trop roleplay gentil), j'ai dû recadrer plusieurs fois la direction que prenait l'histoire et rappeler que l'avancement se faisait que par le conflit. Puis la sauce a pris et les échanges sont devenus vraiment intéressants et les affrontements épiques. Nous nous sommes partagés les rôles secondaires naturellement et tout le monde a bien participé. L'horreur s'est installée et a pris de l'ampleur, les personnages sont devenus denses.
La fin a été précipitée par deux conflits en ex-æquo et par le fait que ma cadette a préféré se sacrifier plutôt que de voir le personnage de sa sœur mourir. Elle n'est pas forcément le meilleur public pour les histoires de zombies. Le suicide des deux survivants nous a paru naturel et une façon élégante de ne pas tirer en longueur alors qu'Eva ne souhaitait plus continuer après la mort de son personnage.
Malgré ce (très) léger bémol, tout le monde a eu du plaisir et mes filles ont enfin compris ce que j'essayais de leur expliquer par d'autres façon de jouer. Elles ont les deux envie de réessayer avec leurs amis peut-être dans une version non-zombie.
Pour moi, c'était une façon agréable de jouer avec mes filles sans devoir préparer une partie à l'avance et je pense que nous allons tenter d'autres expériences "indies" prochainement, et probablement avec Innommable ! (oui j'y prends goût!)

Si par hasard je suis passé à côté de quelque chose d'essentiel dans les mécanismes n'hésitez pas à me le dire, le saut entre la théorie et la pratique est des fois périlleux.
Oups, je me rends compte que j'ai été très prolixe j'essaierai d'être plus concis à l'avenir !

Re: Zombie Cinéma (en famille)

Message Publié : 19 Avr 2010, 00:26
par Frédéric
Bonjour Olivier, bienvenue sur silentdrift !

Ah ben ça fait plaisir de lire un tel compte-rendu.
Dans la plupart de mes parties de Zombie Cinema, on a eu du mal à générer une bonne dynamique de conflits. Mais quand la sauce prend, c'est redoutable.

Si tes filles veulent jouer sans zombies, il me semble que le jeu fonctionne bien en remplaçant la menace zombie par une autre : terroriste, vampires, virus etc.
En revanche, si elles ne veulent pas spécialement de "menace", il vaut sans doute mieux tenter un autre jeu. On peut vous aiguiller, selon les envies, on trouve de tout maintenant.

Re: Zombie Cinéma (en famille)

Message Publié : 19 Avr 2010, 13:44
par Christoph
Hello Oliver, bienvenue sur le forum!

Une histoire de zombies comme je les aime: des éléments sociaux (drogue, classes sociales, ethnies minoritaires), de l'action et du tragique!
Une rapide question: quelle est votre familiarité commune concernant le genre des films zombies (voire films avec menace apocalyptique en général) et Londres?
Anecdote: j'ai ri à voix haute en découvrant le nom du chien.

D'après ce que je peux lire, vous avez joué comme il faut à Zombie Cinema. Avez-vous pensé à déplacer le marqueur de premier joueur vers le joueur qui avait cadré la scène courante lors d'une égalité aux dés? Cela permet de diminuer un peu l'effet de l'égalité, puisque pour que le pion zombie avance à nouveau (hors égalité), il faut attendre un tour complet de table (plutôt que seulement finir le tour déjà entamé).
L'habitude vous aidera à démarrer un peu plus vite si vous le voulez. Un point qui m'a marqué c'est que vous avez cadré pas mal de scènes où vos personnages étaient ensemble plus ou moins par hasard, leurs liens s'étoffant au fil de l'action. C'est une technique très efficace pour ce jeu et ce n'est pas du tout quelque chose d'évident pour bon nombre de rôlistes qui font leur première partie à ce jeu. Les éléments sociaux que j'ai évoqué sont aussi un terreau fertile pour l'imagination, et même si l'influence n'est souvent pas directe, j'aime à croire que cela met les gens dans un état d'esprit propice à envisager des rixes et des affrontements basés sur les tensions qu'ils représentent (même si au final cela se manifeste par des oppositions entre blancs de la même couche sociale). Je n'ai pas d'arguments très solides pour étayer cette conviction, mais je m'en inspire souvent quand je joue à ZC.

Indication supplémentaire: à 3 joueurs, les histoires sont souvent dramatiques, car il y a peu de gens qui peuvent se sacrifier pour aider les joueurs en difficulté. A partir de 5-6 joueurs, il y a presque à coup sûr un happy end pour au moins un personnage. Dans les grandes tablées, je joue volontiers un protagoniste salaud (si personne d'autre ne le fait), afin d'ajouter un peu de tension, quitte à le tuer rapidement pour jouer des zombies bien agressifs.

Tu as déjà demandé à Eero pour diffuser ta version du jeu? Si non, veux-tu que je fasse l'intermédiaire? Ce serait dommage de ne pas faire profiter les autres de ta belle réalisation!

Re: Zombie Cinéma (en famille)

Message Publié : 19 Avr 2010, 17:59
par Olven (Oliver)
Hé bien pour répondre dans l'ordre :
- Nous ne sommes pas des grands fans, ni des connaisseurs des films de zombies par contre j'aime beaucoup (et Diane mon ainée aussi) la bd Walking Dead. Je suis allé deux fois à Londres, mais c'est mes filles qui ont choisi la localisation pour son côté exotique (pour elles).
Pour le nom du chien c'était en référence à son personnage un peu dépressif (tirage de Inutile et compassion !)
- Pour le côté joué dans les règles, nous avons mal interprété l'avance des zombies liée au tour de table complet (avance après chaque changement de narrateur) ce qui visiblement a accéléré le jeu. Néanmoins, à trois je pense que c'était parfait, plus long on aurait perdu l'inspiration et l'influx. Je prends bonne note pour une prochaine partie. La difficulté pour ma cadette était d'être dans le conflit permanent, alors que la grande s'y est plue.
Pour le hasard de la rencontre, Eva a eu une idée excellente en décrivant son personnage abordant l'agent de sécurité (mon personnage) pour lui avouer qu'elle n'avait pas encore 18 ans pour acheter l'alcool fort qu'elle devait ramener à ses parents mais que son anniversaire tombait deux jours plus tard. L'agent de sécurité l'a accompagnée pour s'assurer qu'elle puisse acheter ce qu'elle voulait. Deux jours plus tard, il la reconnait quand il doit intervenir pour maîtriser Jason. Nous avons chercher à installer la rencontre des protagonistes de la façon la plus naturelle et nourrir les conflits par la découverte mutuelle des caractères des personnages. J'ai sinon géré les changement de narrateur par la description des informations radio/tv pour situer l'évolution de la menace, utilisant mon expérience de mj pour fluidifier les transitions.

Je viens de recevoir une réponse de Eero, qui devrait prochainement mettre ma version cartes à disposition dans les ressources de son site (il aime bien).

Re: Zombie Cinéma (en famille)

Message Publié : 19 Avr 2010, 18:34
par Christoph
Tcho!

Ah, le marqueur zombie qui avance à chaque tour, c'est la règle que j'utilise pour jouer des démonstrations au stand! Cela accélère singulièrement la fin de la partie, mais tant mieux si cela vous convenait.

Cool pour les cartes! Tu nous avertiras de leur disponibilité!